À LA DÉCOUVERTE DE NOTRE UNIVERS

INTRODUCTION

En 2014, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publiait le rapport « Insectes comestibles : Perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale » (Huis, 2014). Ce rapport met en évidence les bénéfices que pourrait avoir la consommation d’insectes à travers le globe, aussi bien du point de vue écologique que pour la santé et l’économie. En 2050, nous serons environ 9 milliards d’humains sur Terre et l’alimentation est un véritable défi à venir. Il faut envisager une façon alternative de se nourrir en minimisant notre empreinte écologique, tant pour nous que pour les générations futures; les insectes peuvent être une solution.

Mon collègue et moi avons implanté au sein du département de Gestion et Technologies d’Entreprise Agricole de notre cégep, un élevage de ténébrions meuniers. Nous voulons, avec ce projet, rendre accessible la viande d’insectes aussi bien au consommateur qu’au transformateur afin de nourrir la population ainsi que les animaux. L’élevage des ténébrions requiert 2000 fois moins d’eau et 10 fois moins de nourriture que pour le bœuf. Ces insectes sont à la fois comestibles et assimilables à 96% par rapport au bœuf, en plus de contenir 10 % plus de protéine que cette viande (FAO). Ce sont des aliments qui ont un faible coût environnemental, contribuent positivement aux moyens de subsistance des populations et jouent un rôle fondamental dans l’équilibre de la nature. Les insectes sont une source de protéine très peu exploitée au Québec, d’où la nécessité de développer le milieu de l’élevage d’insectes comestibles, sans quoi les consommateurs devront se tourner vers des importations alors que cette production est parfaite pour le Québec. Pour cela, nous allons faire un travail sur les méthodes d’élevage et aussi sur les données de rentabilité. Bien sûr, tout le monde n’est pas forcément prêt à manger des insectes; c’est pourquoi nous travaillons aussi à la mise en marché de leur viande, par exemple dans des farines ou des plats. Petit à petit, l’idée fait son chemin.

ÉTAPE RÉALISATION

Mon collègue Bertrand Espougne et moi-même avons commencé nos recherches sur les ténébrions dès notre première session. Nous sommes allés suivre une formation hors de nos heures de cours sur une ferme d’insectes

située à Dunham où nous nous sommes procurés 2 ensembles de mini élevage pour la maison. Dès notre deuxième session, le projet fut lancé. Nous avons soumis le projet au conseil étudiant de notre département qui nous a immédiatement(?) apporté son soutien. L’étape suivante a été la présentation devant les enseignants du département de GTEA qui ont été enjoué par l’idée d’une telle innovation chez leurs élèves. Avec l’aide de notre coordonnateur de programme, Guy Cayouette, nous avons démarré le projet. Il nous a aidés à trouver un local afin d’effectuer nos tests. Ceux-ci sont primordiaux, car aucune information complète n’est disponible sur le sujet. De notre côté, nous sommes allés chercher du financement auprès de l’association étudiante de notre établissement, qui nous a offert une généreuse contribution de 150$. Par la suite, nous avons contacté le MAPAQ pour connaître les normes de salubrité. Les membres se sont montrés très intéressés à suivre notre projet au cours de son développement, car il n’existe aucune donnée utilisable sur la production d’insectes à ce jour. Par la suite, nous avons commandé des bacs alimentaires et avons entrepris la construction des structures en bois qui nous seront utiles pour le projet. Nous l’avons présenté aux 8 comités, dont celui des sciences de la nature qui va nous aider à faire des analyses bactériologiques et à mettre en place un protocole afin d’avoir des données fiables. Nous avons également contacté des élèves en technologie de l’électronique pour l’élaboration de thermomètres fiables. Les 15 premières semaines du projet furent consacrées à sa mise en place et à la reproduction des individus que nous possédions déjà, afin d’avoir une population importante afin d’effectuer nos tests. Pour la deuxième année, nous effectuerons des tests sur les 2 prochaines années sur plusieurs variables, comme la température et la nourriture.

RETOMBÉES

Ce projet regroupe déjà 4 départements du cégep. Cette collaboration a créé une dynamique positive et un bon esprit d’équipe. De plus, notre projet a permis de sensibiliser les élèves et le personnel aux problématiques écologiques de l’élevage au cours d’une dégustation qui nous a valu un article dans le Canada français. Le projet apportera des réponses concrètes aux entreprises de production et de transformation avec lesquelles nous sommes en contact. Pour ces entreprises, le manque de données cause plusieurs problèmes de productivité, c’est pourquoi elles suivent notre projet avec la plus grande attention. Ce projet permet de développer des qualités telles que l’organisation, la persévérance, l’éloquence et la confiance : on ne peut pas tout faire, il faut savoir déléguer. En effet, au cours de la mise en place du projet, nous avons dû apprendre à gérer efficacement notre temps, résoudre les nombreuses problématiques qui ralentissaient le projet,

prendre la parole pour présenter notre projet devant les membres des départements. Afin de promouvoir notre projet, nous avons mis en place une page Facebook et un site web.

ENVERGURE

La production d’insectes est un marché prometteur. Le rapport de la FAO sur les insectes comestibles décrit bien la réalité à laquelle nous devrons tous faire face dans les années à venir. Notre projet en est encore à ses débuts et nous avons de futurs acheteurs qui nous contactent pour acheter notre production, comme Rafael Martinez Chef cuisinier au Jardin botanique et à l’insectarium de Montréal. Il est intéressant de voir les débouchés tangibles de ce projet et de voir l’engouement collectif. Malgré cela, l’implantation d’une production est complexe puisqu’il n’y a aucune base : nous devons bâtir la structure de cette nouvelle production à partir de zéro. La récolte de données est notre plus grand défi pour obtenir une production homogène et exploitable dans le futur. Nous avons également éprouvé des difficultés dans le domaine institutionnel. À cause de leur nature, les insectes peuvent répugner certaines personnes, ce qui rend les décisions bureaucratiques plus compliquées.

ORIGINALTIÉ & INNOVATION

Le programme GTEA se divise en deux : il y a une partie animale et une végétale. Malgré notre intérêt pour l’option animale, nous avons choisi l’option végétale.

Néanmoins, notre projet rentre dans le volet animal de notre programme, ce qui nous démarque des autres puisque nous touchons aux deux volets à la fois. Par contre, nous disposons de peu de données complètes sur les insectes, ce qui rend l’implantation d’une station de recherche à l’intérieur du cégep des plus importante et nouvelle. Cela permet d’intégrer toutes les compétences reliées à notre programme, d’autant plus que cela permet à d’autres élèves et d’autres départements de s’impliquer. De plus, ce projet se distingue des autres par son potentiel à long terme pour l’ensemble de la société.

L’idée de pouvoir nourrir une famille avec la surface d’une garde-robe est complètement irréaliste avec notre façon actuelle de produire de la viande, mais c’est tout à fait concevable avec des insectes, ce qui fait toute l’originalité de cette révolution alimentaire.

RÉSUMÉ

Le Québec ne possède aucune donnée et peu d’élevages d’insectes à grande échelle. Ce projet a pour but de récolter des données pour qu’à la fin de note DEC, nous puissions créer une ferme avec un coût de production réduit. De plus, il nous permet de réunir la connaissance de plusieurs départements, faisant ainsi participer l’ensemble de l’établissement comme un tout commun.